Dans un monde
où nous pensons être libres,
où tout semble normal et
où tout geste devient éphémère,
sommes-nous libres
de penser par nous-mêmes ?
Artscape s’est rendu le 18 avril au Delta à Namur pour découvrir Blind. Une expérience qui ne se raconte pas seulement… elle se ressent.
Dès les premières secondes, on est happé. Par la lumière. Par la musique. Par cette tension presque palpable qui traverse la scène. Le travail scénographique est précis, immersif, au service d’un propos fort. Mais ce qui marque profondément, c’est la puissance des corps.
Portée par Hendrick Ntela et co-créée avec Pierre Dexter Belleka, Blind s’inscrit dans une démarche artistique engagée, nourrie par des parcours de vie marqués par l’histoire, l’exil, et les réalités politiques contemporaines. À travers la culture krump, les artistes transforment la scène en espace d’expression brute, presque spirituelle.
Ce que nous avons vécu, c’est une traversée émotionnelle. De la tristesse à la puissance. De l’inconfort à la lucidité. Une œuvre qui dérange autant qu’elle fascine, et qui semble volontairement nous confronter à une forme d’aveuglement collectif. Celui d’une société où les choix semblent parfois illusoires, où les systèmes façonnent nos désirs sans que l’on en prenne pleinement conscience.
Les corps parlent, crient, résistent. Les danseurs, parfois privés de la vue, développent une gestuelle guidée par d’autres sens — le toucher, l’instinct, l’énergie. Le krump devient alors langage universel, vecteur d’émotions et d’histoires croisées, entre Belgique, Espagne, France et Sénégal.
Blind, c’est aussi une réflexion sur la liberté. Une liberté qu’on croit acquise, mais qui semble constamment remise en question. Une liberté fragile, conditionnée, parfois inaccessible — notamment pour celles et ceux dont les trajectoires sont marquées par les frontières, les papiers, les décisions politiques.
Et puis, il y a cette frustration… celle que ça s’arrête.
On aurait voulu que ça dure plus longtemps. Parce que c’était fort. Parce que c’était beau. Parce que c’était nécessaire.
Avec Blind, Artscape confirme une chose : la scène est un miroir. Et certains reflets méritent qu’on les regarde, même quand ils dérangent.
©️Picture By Shino Vision.

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